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Texte : Daniel Berlamont - NATAGORA

Voici peu de temps, une dame, naturaliste à ses heures, me disait en guise de boutade et à propos de l'apparition de Gedine – la vierge à Beauraing, le loup à Gedine - : « Cher Monsieur, où sont les meutes d'antan ? »

Au-delà de la provocation, ceci montre bien que les grands carnassiers suscitent à la fois effroi et fascination. Il y a très, très longtemps que le loup ne vit plus en Hesbaye. Et pour cause. Le soc des araires et charrues a creusé le limon qui nourrissait les derniers grands bois de chez nous. Ainsi, le 30 novembre 1215, Louis II, comte de Looz, vend pour 540 marcs d'argent (somme considérable) à l'abbaye du Val-ND à Antheit, outre sa dîme de Montenaken, 50 bonniers de forêt que le comte fera abattre à ses frais. Cette forêt s'étendait sur les villages de Boëlhe, Cras-Avernas et Petit-Fresin.

Il est un fait que Messire le loup a trouvé plus carnassier que lui : l'Homme !

ChevreuilDonc, parler aujourd'hui des grands mammifères de Hesbaye, c'est devoir se résoudre et se limiter au chevreuil1 et au renard.

Le premier cité est devenu plus nombreux ces dernières années. Il est vrai qu'il est choyé par les Nemrods locaux ! On le trouve dans les zones boisées des sources du Geer voire sur les décanteurs d'Hollogne. Ce petit cervidé élégant, au pelage roux l'été, brun-gris en hiver, reconnaissable à son museau noir, lèvres et menton blanc, se satisfait de bois même modestes en zones agricoles. Rut de mi-juillet à mi-août, mise bas de 1 à 3 faons en mai-juin. Il est herbivore mais ne dédaigne pas bourgeons, fruits sauvages voire feuilles.

RenardAutre Hesbignon de retour sur nos terres, Maître Goupil² ou tout simplement le renard, dans sa magnifique livrée « plus rousse que moi, ... ». Rescapé des gazages à tire-larigot, il n'a pas souvent bonne presse. On lui prête volontiers des méfaits survenus de nuit dans des poulaillers. Mais ce sont surtout les « protecteurs » des perdrix grises et autres faisans – d'élevage – qui assassinent sa réputation. Pour eux, point besoin de procès : « Sus aux rouquins » ! Ce sont surtout les campagnols qui rigolent !!! Par contre, dans les jardins, c'est sauve-qui-peut parmi les plantations. Les beautés en pétales, ramenées des foires aux plantes passent un mauvais quart d'heure sous les incisives des rongeurs. Mais, allez faire comprendre que le renard nous revient pour rétablir un équilibre entre lui et les rongeurs qui copulent à qui mieux mieux !

FouinesLa fouine, le putois, l'hermine, autant dire le « gang des tueurs en fourrures ». Pas facile à vivre quelquefois le voisinage de fouines qui squattent votre grenier. Tintamarres en série, querelles de couples, les fouines sont peu discrètes sous ce registre. Et le tout pendant que vous essayez de passer une nuit tranquille et réparatrice. Cependant, elles aussi vous donnent un sérieux coup de main quand elles déciment les petits rongeurs végétariens.

À propos de ces derniers, vous devinez qu’ils sont un bataillon³, pire c'est une légion. Musaraigne carrelet, musaraigne pygmée, crossope aquatique, crocidure musette, rat musqué, campagnol roussâtre, campagnol terrestre, campagnol agreste, campagnol des champs, campagnol souterrain, mulot sylvestre, rat des moissons, rat surmulot, rat noir, souris grise.

Tous très bons pères et mères de familles très nombreuses où les nichées se suivent à une cadence quelquefois fulgurante. Face à une telle multitude nos minous ne suffisent évidemment pas à la tâche de contrôle démographique. Du coup, il est nécessaire que renards, faucons crécerelles, buses variables et busards viennent à la rescousse pour autant que les humains leur en laissent le loisir.

LièvreN'oublions pas la taupe, la grande pelleteuse de nos champs et jardins, moins prolifique certes car elle travaille sans relâche.

Pour compléter ce charmant tableau, citons encore quelques espèces surtout arboricoles et frugivores tels le lérot et le muscardin.

Pas possible non plus de parler de campagne sans citer le lièvre. Le lapin lui est devenu plus rare, décimé notamment par les maladies.

Le hérisson, pour sa part, est à compter parmi les alliés de l'homme et en particulier des jardiniers. Se nourrissant de limaces, vers de terre, mollusques, araignées, insectes et larves, il nous débarrasse de sujets peu souhaités en horticulture.

Petit rhinolopheCette évocation de nos mammifères ne serait pas complète sans mentionner le groupe des chauves-souris. Elles se nourrissent d’insectes et sortent dès le crépuscule. Si on en dénombre 21 espèces en Belgique, la Hesbaye n'est habitée que par la pipistrelle commune, le murin de Daubenton, le grand murin, le murin des marais (comme hivernant), le petit rhinolophe, la sérotine commune, plus rarement l'oreillard roux, le murin de Nathusius, le murin de Natterer.

Enfin, un dernier mot sur un phénomène inquiétant, celui de l'introduction d'espèces exotiques. Ceci ne se limite d'ailleurs pas aux seuls mammifères. Il convient d’être particulièrement attentif à ce phénomène parce que les espèces introduites peuvent causer un grave préjudice pour les espèces indigènes.

1 On ne trouvera ici qu'une évocation succincte des mammifères vivant en Hesbaye. Néanmoins pour le lecteur que ce texte laisserait sur sa faim, je lui recommanderais de consulter: S. AULAGNIER et a., Guide des mammifères d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, éd. Delachaux et Niestlé, 2008 qui propose une description complète de chaque espèce. Commentaire plus développé fondé sur une vie consacrée à bourlinguer du Cap Nord à Gibraltar : Robert HAINARD, Mammifères sauvages d'Europe, Delachaux et Niestlé, 2001.

2 À conseiller vivement « De Goupil à Margot », Prix Goncourt 1910, un bestiaire écrit par Louis PERGAUD, mort près de Verdun en 1915 à l'âge de 32 ans, à qui nous devons aussi la célébrissime « Guerre des boutons ».

3 Si ce n'est le hamster d'Europe, qui compte parmi les « mammifères les plus menacés d'Europe ». Il est au bord de l'extinction en Belgique car la culture intensive et l'urbanisation détruisent son habitat. Chez nous, on le trouve principalement en Hesbaye et au Pays de Herve occidental.