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Maquette de la motte castrale de LaminePoint d'ancrage d'un habitat, résidence d'un seigneur de village ou d'un avoué, d'un chevalier ou d'un noble, parfois forteresse d’état, le château fait partie du paysage et de l'imaginaire de l'homme occidental. On a cru bien longtemps qu'il remontait à l'époque des Invasions normandes. Depuis, de nombreuses études ont démontré que les plus vieux d'entre eux remontaient tout au plus au Xe siècle. Les premiers châteaux du Moyen Âge sont bien souvent des donjons en bois, construits sur des éminences artificielles en terre. Ces donjons très élémentaires ont disparu ou ont été remplacés par des constructions en pierre. Beaucoup de ces tertres en terre ont été appelés mottes féodales ou castrales par les archéologues et les historiens. Bien souvent leur étude a permis de reconstituer la densité de l'occupation seigneuriale dans une région.

En Hesbaye plusieurs belles mottes ont été conservées. Elles sont facilement repérables à Faimes, Les Waleffes, Liers, Fooz, Omal ou Lamine. Ce dernier site est particulièrement remarquable puisque la motte a conservé ses fossés et que l'aire de la basse-cour est vraisemblablement l'espace conservé entre l'église implantée dans le cimetière et la ferme en quadrilatère de l'époque moderne. Certaines de ces mottes ont été détériorées comme à Bierset, Fize, Vieux-Waleffe ou Saint Georges. Cependant, des structures en terre où sont construites d’anciens châteaux ou une ferme comme à Haneffe ou Warnant (Les Burettes) ont pu également accueillir des bâtiments défensifs plus anciens. Les mottes peuvent être parfois artificielles et d'autres sont peut-être simplement des buttes naturelles.

Le mot latin « motta » désigne une motte de terre. Par extension, au XIe s, le toponyme désigne la motte castrale. Les plus anciennes apparaissent dès le Xe siècle dans la région entre Rhin et Loire. On en construira pendant tout le Moyen Âge même si à la fin de la période elles sont supplantées par des châteaux circulaires avec enceintes et donjons en pierre. La chronique de la guerre entre Awans et Waroux témoigne encore de leur utilité dans les petites seigneuries de village. Jacques de Hemricourt raconte en effet l'histoire des seigneurs de Hognoul qui tenaient garnison à Fooz et qui en prenant appui sur leurs armes sautaient les fossés et la muraille pour se réfugier dans le jardin du château dont la cour était fermée par des murailles d'argiles d’une hauteur de 6 pieds.

On a souvent confondu les mottes féodales avec les « tumuli ». La rue ou se trouve la motte de Faimes s'appelle d'ailleurs « rue du tumulus », parce qu'on la confondait erronément avec une tombe gallo-romaine.

La motte et son donjon symbolisent la puissance de son détenteur, un noble ou un chevalier parfois seigneur ou avoué d'un village. La butte proprement dite varie entre 3 à 20 m de hauteur pour une surface de 40 à 110 m. Elle est généralement entourée d'une palissade. Sur le plateau, le donjon de bois sert de tour de guet et d’habitation seigneuriale. La description de la motte d'Ardres dans le Nord de la France raconte bien comment ce type de construction a proliféré au Moyen Âge et sa fonction.

Au XIXe siècle on a fouillé pas mal de mottes en Wallonie mais l'attrait des antiquités romaines par les savants, les ont laissées quelque peu à l'abandon. Depuis peu elles font de nouveau l'attention des archéologues qui ont fouillés quelques-unes d'entre elles.

Motte féodaleEn Hesbaye, on a fait quelques sondages à Omal et Les Waleffes mais ces fouilles sont loin d'être exhaustives. Certains sites comme Liers, Fooz ou Lamine offrent encore des structures qui sont sans doute celles de l'ancienne basse-cour. Car tout château, élément militaire, est toujours accompagné de sa logistique, une exploitation agricole. La motte représente donc l'élément résidentiel noble et militaire mais aussi symbolique car la tour en bois domine de sa masse les exploitations du village. Quant à la basse-cour, elle abrite les bâtiments agricoles et artisanaux et l'habitat du « commun ». Parfois son enceinte abrite aussi la chapelle castrale. A l'époque de leur naissance, le temporel et le spirituel n'étaient pas bien séparés et beaucoup de petits seigneurs de l'an mil nommaient encore le curé. Ce n'est que peu à peu que l'église a récupéré cette fonction. Beaucoup d'églises paroissiales ont une origine castrale (Haneffe, Warnant, Jehay,...).

Si beaucoup de mottes sont un facteur de regroupement des habitations et ont peut-être même contribué avec l'église paroissiale à fixer les villageois, certaines d’entre elles ont été à l'origine de villes que les historiens appellent « bourgs castraux ». Pas loin de chez nous, la ville de Waremme a pour origine un château à motte dont il ne reste plus aucun vestiges, mais dont on a conservé un plan qui montre bien que c'est à partir d’une motte que s’est développé le château et que c'est autour d'elle que s'est formée la ville. Ce château est d'ailleurs cité dans une charte du XIe siècle comme faisant partie d'un immense domaine qui fut légué à l'église de Liège.

Plusieurs mottes ont été à l'origine érigées par des paysans peut être dans le cadre des corvées domaniales dues aux seigneurs. Certaines d'entre elles ont été construites entièrement par les hommes. D'autres ont été construites en utilisant leur site et leur environnement (zone marécageuse, réseau de ruisseaux ou buttes naturelles) pour leur implantation. C'est le cas d'Omal situé en zone marécageuse ou de Haneffe où des douves alimentées autrefois par l’Yerne entourent un site où il est difficile de faire la part entre ce qui est naturel et artificiel.

Motte castrale à SaivesBeaucoup de mottes furent abandonnées (Saint-Georges, Bierset, Corswarem) et ne survécurent pas aux nouvelles modes de construction mais certaines continuèrent d'accueillir des donjons ou des fortifications comme à Thys, Haneffe ou Warnant. Dans la région couverte par la Maison du Tourisme Hesbaye-Meuse, les plus belles mottes se trouvent à Faimes et Les Waleffe, Lamine, Omal. D'autres, voisines, comme celles de Fooz, Liers, Kemexhe se trouvent à la périphérie. Un répertoire de ces sites, des relevés et des fouilles permettrait sûrement en les confrontant aux nombreux documents liégeois parmi lesquels le traité de la guerre des Awans et des Waroux du notaire liégeois de Hemricourt, d'avancer dans notre connaissance de la société aristocratique hesbignonne.
Beaucoup de mottes en Hesbaye étaient occupées par des avoués et même par le plus important de la Principauté de Liège, l'avoué de Hesbaye. Sans doute, certaines d'entre elles, furent-elles érigées aux XIe et XIIe siècles pour défendre une frontière. Au nord, le comté de Looz, était lui-même défendu par une ligne de villages où avaient été érigées des tours sur des mottes en terre. Ce fut le cas notamment de la motte de Corswarem à proximité de l’église du village mais malheureusement arasée et qui faisait autrefois partie du comté de Looz. Les sites défensifs de Warnant, Haneffe, Omal faisaient vraisemblablement partie du Comté de Moha, tandis que Faimes et Waleffe se trouvaient du côté liégeois. Les princes avaient sans doute intérêt d'avoir des points d'appui prés de leurs frontières. Et quand les principautés se stabilisèrent beaucoup de ces sites tombèrent en désuétude sans vraiment être remplacés. Mais en plaçant un de leurs vassaux ou un avoué dans ces villages hesbignons et en leur autorisant de construire un château, les princes placèrent également des hommes qui n'hésitèrent pas à agir comme des seigneurs dans ces villages et à y commettre des exactions sur des terres d'église. En témoignent les nombreux conflits que les princes durent résoudre en rappelant à l'ordre leurs anciens alliés.