
|
 |
Rue Ribatte
4357,
Donceel
(Haneffe)
|
Les seigneurs de Haneffe
Le village de Haneffe et ses dépendances (Donceel et Stier) étaient un alleu, c’est à dire une terre libre non assujettie aux droits féodaux. Ses propriétaires étaient des hommes libres de l’ancienne noblesse, celle du sang. Les premiers seigneurs de Haneffe apparaissent à la fin du XIe siècle dans les actes. On rencontre en effet un certain Guillaume de Haneffe en 1097, ensuite Anselme de Haneffe qui vécut dans le village de 1132 à 1156. A la fin du XIIe siècle, la seigneurie fut donnée à une des filles du comté de Moha qui se maria à Thierry, comte de Hochstaden et seigneur de Dalhem. Devenue veuve, cette dernière chercha un époux pour sa fille et l’unit au fils d’un des plus prestigieux lignages chevaleresques, Eustache de Warfusée. Les successeurs à la seigneurie de Haneffe prendront le titre de chevalier et porteront le nom du village. Un des leurs, Eustache dit Persant II de Haneffe, participera à la guerre des Awans et des Waroux. Après la bataille de Dommartin (1325) qui mit fin à cette guerre, Jean de Haneffe pour montrer son ressentiment à l’évêque de Liège, protecteur des Waroux, voulut transporter ses alleux au comte de Hainaut. Mais cette allégeance à un seigneur étranger ne fut jamais validée.
Après être passée aux de Rochefort, puis aux de Horne, la seigneurie passa aux mains d’étrangers qui semblent l’avoir un peu délaissée. A partir de ce moment, l’histoire de la seigneurie fut des plus mouvementée. Elle fut même donnée en copropriété à plusieurs familles. Ce n’est qu’en 1536, avec le passage de la seigneurie aux de Mirbicht qu’Haneffe garda une certaine stabilité pendant un peu plus d’un siècle... A la mort de Louis de Mirbicht survint une querelle entre les héritiers et leur tante, Louise de Mirbicht. On en vint aux armes et le comble fut atteint lors du pillage du château et des violences sur les domestiques par les hommes de Philippe de Donceel, second mari de Louise de Mirbicht. Le château fut plusieurs fois assailli et le conflit ne cessa qu’avec le bannissement de Louise et de son époux. A la fin de l’Ancien Régime, la seigneurie eut encore plusieurs seigneurs. Procès et jugements continuèrent à agrémenter son histoire. En 1783, trois des propriétaires procédèrent à un nouveau partage qui attribua à Gilles Lambert d’Othée de Limont et à Louis Charles de Maillart, le château, la ferme et la brasserie de Haneffe. Le chevalier de Chestret gardera prés, terres et le moulin banal. Cens, rentes et droits seigneuriaux resteront en commun.
La maison forte
Le château et la ferme sont indissociables. A Haneffe, la « haute cour » désigne la maison forte tandis que la « basse-cour » se rapporte aux bâtiments agricoles qui servent de logistique au château. L’occupation des lieux remonte au Moyen Age et bien que les traces archéologiques ne remontent pas au-delà du XIVe siècle, un premier château en bois existait sans doute au 11e siècle dès l’apparition d’un lignage à Haneffe. La position géographique du village, à la frontière du comté de Moha, la propriété de la seigneurie à un lignage noble ainsi que l’aspect de la butte fossoyée où est construite l’ancienne maison forte, plaident pour une occupation ancienne qui fait penser aux mottes féodales qu’on retrouve à plusieurs endroits de la Hesbaye liégeoise. Vers 1586, la maison forte et ses dépendances agricoles (grange, étables, bergeries et un colombier) sont décrites. L’aspect défensif y est bien présent et on remarque qu’une seule entrée existe pour le château et la ferme. Cette dernière servait de zone de ampon, entre l’extérieur et la maison seigneuriale. De plus l’eau des douves autour du château entourait aussi la ferme et rejoignait, à l’entrée, l’étang existant. La ferme et le château étaient alors séparés par un pont mobile.
L’ensemble assurait donc une fonction guerrière à laquelle la ferme participait. Au premier donjon de bois succéda sans doute un de pierre qui d’ailleurs n’a pas tout à fait disparu puisqu’une partie de ses murs a été réemployée dans la construction d’un des murs latéraux de la maison forte actuelle. L’ensemble du château fut complété par une enceinte à laquelle on ajouta deux bastions comme ce fut l’usage dans l’architecture des XVIe et XVIIe siècles. Dans le jardin, on trouve encore une cave donnant sur une meurtrière de l’enceinte actuelle.
Au XVIIIe siècle, le voyageur éclairé qu’est de Saumery insiste encore sur l’aspect fortifié de la maison. De fait, alors que dans beaucoup de villages voisins, donjons et manoirs semblent avoir été détruits et remplacés par des châteaux de plaisance, Haneffe conserva sa maison forte avec ses deux tours cylindriques. Cela du apparaître archaïque à l’auteur des « Délices du pays de Liège ». Le peu d’ouvertures et le fait que beaucoup d’entre elles ont été percées tardivement parfois même au XIXe siècle donnent encore à l’ensemble un aspect massif. Pourtant tout en étant une maison forte, le logis était aussi un lieu où séjournaient le seigneur et sa famille. La magnifique cheminée médiévale aux montants sculptés conservée dans le salon rappelle le goût raffiné des propriétaires. Une salle voisine conserve encore trois des anciens lits à alcôves. Les caves du logis sont également intéressantes pour leurs voûtes en briques dont une partie repose sur des piliers calcaires des XVIe et XVIIe siècles de facture gothique.
|
|
|