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On a coutume de faire débuter le Moyen Âge, avec les grandes migrations barbares du Ve siècle et plus spécialement pour nos régions avec l'installation des Francs. La date ultime souvent citée par les historiens étant 1453, année de la prise de Constantinople par les Turcs. En fait ces périodes de l'histoire sont souvent remises en cause, car suivant qu'on se situe du point de vue de l'histoire politique, économique, militaire ou religieuse, ces limites peuvent varier. Ainsi pour le médiéviste Jacques Legoff, si on considère le Moyen Âge du point de vue de l'histoire des campagnes, le XIXe siècle fait encore partie de cette période dans la plupart des villages d'Europe.

Plan des fouilles du Thier d'Olne Plan des fouilles du Thier d'Olne

Dessin Fr. Roloux

1. Mérovingien ;
2. Carolingien VIIe-IXe siècle ;
3. Carolingien IXe-Xe siècle ;
4. Médiéval

Fouilles du Cercle Archéologique Hesbaye-Condroz

La période médiévale est la tranche chronologique la plus longue de l'histoire puisqu'elle dure plus de 1000 ans et, de fait, que de chemin parcouru entre les premières installations franques et les villes et cathédrales des XIVe et XVe siècles. Riche et divers, le Moyen Âge, n'a pas été souvent considéré comme une époque intéressante par les érudits qui le considéraient comme transitoire entre l'Antiquité et la Renaissance. D'où, ce qualificatif de « moyen âge » ou même de « gothique » pour la plupart des œuvres de la fin de la période. Férus d'Antiquité, la plupart de ces érudits considéraient que tout ce qui ne touchait pas de près la civilisation classique et sa redécouverte pendant la Renaissance, n'était pas digne d'intérêt. Or nos régions doivent plus au Moyen Âge qu'à la civilisation gréco-romaine. Nos villes, nos villages et une grosse partie de nos paysages datent de l'époque médiévale. Notre économie et le commerce ont démarré au Moyen Âge. Et l'Art, tout à fait original, qui s'est épanoui à cette période marque encore notre environnement quotidien non seulement à travers les édifices religieux mais également dans les monuments civils.

La région Hesbaye et Meuse conserve une multitude de traces du Moyen Âge et cela, dès l'époque mérovingienne. Du cimetière du haut Moyen Âge à la résidence aristocratique, de l'ancien lieu de culte au sarcophage d'une sainte, la région est riche en vestiges du début de la période médiévale.

La collégiale d'AmaySi aucune grande ville n'est inscrite dans ce territoire, il faut envisager la proximité de Huy qui se développa au Moyen Âge et qui remplaça en importance Amay et son vicus d'Ombret. Quant au vieux bourg installé à l'ombre de l'église Saint-Georges et Sainte-Ode, il resta un centre religieux important avec sa collégiale gérée par un chapitre de chanoines, au centre d'une des plus anciennes paroisses et d'un immense domaine dont beaucoup de villages hesbignons firent partie.

Pendant la période dite féodale, beaucoup de ces anciens domaines donnèrent naissance à la plupart des villages actuels. A l'origine, souvent une chapelle domaniale qui devint église à l'époque carolingienne et attira par sa cuve baptismale une population déjà évangélisée. Ensuite un château détenu par un aristocrate local qui en échange de sa protection exigea certaines redevances et d'autres prestations des paysans qu'il était censé protéger. Voilà sans doute comment ces cadres encore mal définis fixèrent la population de nos villages vers l'an mil. Une seconde vague de nouveaux villages et hameaux se fixèrent également du XIe au XIIIe siècle au détriment de la forêt. On retrouve évidemment ce phénomène dans la région boisée de la Meuse, des deux côtés du fleuve.

Quant aux monastères leur présence dans la région se fit particulièrement sentir. Deux abbayes et deux anciennes commanderies ont été fondées à proximité du fleuve ou à la lisière des villages. Mais des abbayes et des chapitres provenant aussi bien des villes proches de Liège ou de Huy que de régions plus lointaines, y détenaient des terres, des droits, des dîmes ou tout simplement la cure d’un village. L'abbaye de Flône se spécialisa d'ailleurs dans l'acquisition de cures dans la région avec notamment les églises et les presbytères de Dreye et de Hermalle. Fonts baptismaux de l'abbatiale de FlôneL'abbaye de la Paix-Dieu possédait un domaine important en Hesbaye et bien qu'installée assez tardivement vers 1240, à Bodegnée, elle cultiva d’abord ses terres grâce à l'appoint de convers pour les louer ensuite à des paysans de l’endroit. Son capitalisme foncier lui valut d'installer deux maisons, une à Liège, l'autre à Huy, qui servaient sans doute de refuge mais aussi de comptoirs commerciaux. Les bénédictins de Saint-Jacques et de Saint-Laurent cultivaient également des terres dans la riche terre de Hesbaye. Les chanoines de Neufmoustier installèrent leur converterie (ou Kivietrie) à Villers et à Seraing-le-Château. D'autres abbayes cisterciennes avaient également des terres et des fermes comme Aulne ou Orval.

Les moines de l'ordre de Prémontré de Floreffe avaient une véritable mainmise sur le village de Warnant. Ils y possédaient non seulement la cure et l'église mais également une grande partie de la dîme ainsi que des biens fonciers qu'ils cultivaient à partir d'une de ces grandes censes hesbignonnes dont les origines étaient bien souvent médiévales. Après les croisades on note également la fondation de deux commanderies de Templiers à Warnant et à Haneffe.

Les laïcs, de la vieille noblesse ou de la classe montante des chevaliers, furent également présents dans la vie de la région. Leurs donjons, parfois d'ailleurs une tour qui deviendra le clocher du village, parsèment encore la campagne.

Le site de l'ancien château de Clermont rappelle que le village fut le siège d'un ancien comté qui atteignit les rives de l'Ourthe et qui fut occupé par un lignage important avant de faire partie de la principauté de Liège. Amay avait ses avoués et leur tour du XIIe siècle domine encore la plaine entre l'agglomération et la Meuse. Des chevaliers s'installèrent au milieu des villages à Limont, Haneffe, Seraing-le-Château, Les Waleffes, Fize, Jehay. Certaines tours sont parfois très bien conservées, dans d'autres cas, seul des murs ou une cave subsistent dans de nouvelles constructions. Parfois les vestiges d'un tertre en terre où avait été d'abord planté un donjon de bois, est l'unique témoignage de la demeure de cette aristocratie féodale. Elles font l'objet de fouilles et on les appelle mottes castrales ou féodales suivant qu'on insiste sur leur structure ou sur leur fonction dans la société de l'époque. Celle de Les Waleffes a fait l'objet de plusieurs sondages. Celle de Faimes, souvent confondue avec un tumulus, conserve une partie de ses fossés. Toutes ces demeures de l'aristocratie avaient d'abord une fonction défensive avant de ne garder que la fonction symbolique qui plaçait son détenteur au-dessus du lot des villageois. Voilà sans doute une explication à toutes ces tours tardives qu’on retrouve encastrée dans une ferme et qui ont été édifiées à la fin du Moyen Âge voire au XVIe siècle comme cette tour qui donna son nom à une ferme de Warnant.

Donjon et ferme de Hepsée (Verlaine)A chaque demeure aristocratique correspondait une exploitation agricole qu'on nommait basse-cour. Ce dispositif est spécialement bien mis en évidence dans l’ancienne maison forte de Haneffe où un ancien pont et des douves séparaient la demeure du seigneur de la ferme qui lui était associée.

Mais l'habitat paysan, celui des villageois qui ne cultivaient qu'un lopin de terre et qui était obligé de travailler dans les autres grosses fermes du village pour nouer les deux bouts, est très mal connu. On imagine des cabanes en torchis avec des armatures et des charpentes en bois, peu de pièces, un sol en terre battue. Une seule fouille entre Saint-Georges et Dommartin dans un hameau aujourd’hui abandonné, donne quelques renseignements sur la façon de construire et d'habiter au Moyen Âge. Mais même pour les grosses fermes il n'y a plus de témoin des exploitations agricoles du Moyen Âge.

Campagne entre Saint-Georges et les bois de FlôneLa plupart des villageois travaillaient à la campagne et les quelques artisans, fèvres, maréchaux, bourreliers travaillaient encore pour les fermiers. Dans les environs de la Meuse il y avait bien quelques vignerons et quelques charbonniers mais la plupart des gens cultivaient des céréales dans la campagne autour du village suivant les cycles de l’assolement triennal. Cette technique agricole demandait un terroir divisé en trois soles où on cultivait céréales de printemps et céréales d’hiver sur les deux premières soles. La troisième sole était laissée en friche et abandonnée au troupeau villageois mené par un herdier pour la vaine pâture. Chaque année on alternait ces trois soles qu'on appelait aussi « saison ». Cette façon de cultiver demandait une entente préalable entre tous les paysans du village quel que soit l'importance de leur propriété. Tous les champs étaient en effet disséminés dans le terroir et demandaient une organisation de la collectivité. Certains historiens ont même voulu trouver l'origine des communautés villageoises dans cette obligation de se concerter pour les travaux des champs. Des réunions, il en était beaucoup question dans la vie des villages au Moyen Âge, entre paysans et souvent sous la houlette du seigneur. La plupart se déroulaient dans l'enceinte du cimetière ou parfois même dans l'édifice du culte. On y discutait des travaux des champs, de l'entretien des chemins, du curage des rivières mais aussi de l'entretien de l'église et des réparations qu’on devait parfois y apporter. Car l'église n’était pas seulement le lieu du culte mais c’était aussi le lieu où se réunissaient les villageois. Parfois on se réfugiait dans son cimetière avec le bétail où dans la tour qui fut d'abord élevée pour être défendue avant même d'y abriter les cloches. Il reste pas mal de tours en Hesbaye qui avaient cette origine défensive. Les Amaytois préféraient se réfugier dans les tours de la collégiale plutôt que dans le donjon des avoués locaux. Des tours comme celles de Saint-Georges, Celles, Aineffe, Jeneffe, Haneffe, ou celles plus tardives mais sans doute reconstruites suivant le même modèle médiéval, comme à Villers-le-Bouillet ou à Warnant, ont eu une fonction de refuge pour la population. Les plus anciennes ont peut-être même servi de résidence seigneuriale.

Frises lombardes chapelle romane St-Sulpice à AineffeMalheureusement beaucoup d'édifices ont été détruits et reconstruits au XIXe siècle car devenu trop exigus pour une population toujours plus nombreuse. Il reste peu de vestiges d'églises romanes ou gothiques. Néanmoins, la collégiale d'Amay et la petite chapelle Saint-Sulpice d'Aineffe sont des édifices commencés dans le style roman qui ont gardé des éléments de leurs décors dont certaines frises lombardes. Beaucoup d'églises hesbignonnes avaient un aspect un peu fonctionnel voire même rustique, il n'empêche qu'on peut apercevoir l'apparition du gothique dans les campagnes à travers quelques détails comme les arcs des baies ou l'adjonction de contreforts à une tour. A l'intérieur de ces édifices, le trésor d'une collégiale comme Saint-Georges et Sainte-Ode montrent tout le talent des orfèvres liégeois. La châsse de sainte Ode reste une des pièces remarquables de l’art de la région. Mais pour beaucoup de petites églises, le mobilier du culte est beaucoup plus tardif. Il n'est cependant pas rare de découvrir des anciens fonts baptismaux ou le gisant d'un chevalier, seigneur de village, comme dans l'église Saint-Rémi de Warnant.