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La motte de Lamine

Motte et basse-cour de LamineLe centre médiéval de Lamine se trouve sur un site intéressant à plus d'un titre. D'abord les traces archéologiques et monumentales sont très bien conservées. Nous avons ici une motte castrale fossoyée prolongée sans doute par son ancienne basse-cour dont la ferme « de la tombe » semble prolonger l'héritage. Le site est accompagné d'une église et de l'ancien cimetière formant le centre ecclésial et dont la tour de l'édifice religieux remonte pour certains au XIe siècle mais plus vraisemblablement au XIIIe siècle comme semble le confirmer une pierre calcaire ou figure la date de 1211. Il est difficile de dater cette motte sur laquelle a été effectuée des sondages au début du XXe siècle. Lamine, domaine d'église aurait accueilli un avoué assez puissant, proche de l'évêque de Liège, l'avoué de Hesbaye. Celui-ci aurait matérialisé son pouvoir en faisant construire une tour sur une motte comme c'était l'usage dans tout l'occident aux environs de l'an mil. Ce mode de construction était très répandu en Hesbaye et se prolongea d’ailleurs encore aux XIIIe et XIVe siècles comme l'atteste plusieurs autres témoignages archéologiques et un passage célèbre de Jacques de Hemricourt au sujet de l'assaut d’une motte à Fooz. Il est fort probable que le château de Lamine soit bien antérieur à la fin du Moyen Âge. Nous sommes dans une zone frontière près du comté de Looz dont les villages voisins comportent plusieurs fortifications et le comté de Looz ne deviendra liégeois qu’au XIVe siècle après bien des péripéties politiques entre les princes de la région. Il n’est donc pas étonnant de voir un personnage comme l'avoué de Hesbaye, pratiquement chef militaire des armées liégeoises, prendre pied dans ce village. Il est aussi probable qu'après s'être installé à Lamine, il ait aussitôt exercé des droits d'origine seigneuriale sur la terre de Lamine. Peut-être même a-t-il délégué assez tôt ses prérogatives à un sous avoué puisqu'un certain Thomas de Lamine est cité comme exerçant les fonctions d'avoué du village.

Carte de Ferraris
La motte avec le bâtiment du donjon, la basse-cour du château, l'église paroissiale entourée du cimetière et les autres exploitations du village sur la carte de Ferraris (1717).

Les fréquentes usurpations d'avoués liégeois sur les terres d'églises sont rapportées par Anselme, chroniqueur liégeois. Aussi, l'évêque de Liège, pour répondre aux prétentions de l'avoué et sans doute  pour remédier à la perte de rôle des religieux dans le domaine, a-t-il sans doute donné la paroisse et les revenus (dîmes, ...) de celle-ci au chapitre de Saint-Paul ainsi que les revenus de ses filiales de Remicourt, Bleret, Hodeige et Pousset. Lamine était en effet une église mère dont dépendaient plusieurs chapelles qui deviendront elles-mêmes églises de nouvelles paroisses.
La tour de l'église de Lamine semble être le dernier vestige de l'église paroissiale. Elle servait sans doute de tour de refuge pour les habitants alors que le donjon seigneurial, d'abord en bois puis en pierre, servit de résidence privée aux avoués de Hesbaye puis à leurs successeurs, peut-être des sous-avoués.
A la fin du Moyen Âge, la seigneurie sera  en effet inféodée à d'autres lignages comme les Argenteau, les Longchamp-Dongelberg et les d'Oultremont. Ils relèveront jusqu’à la fin de l'Epoque moderne la seigneurie de Lamine devant la cour féodale de l'avoué de Hesbaye. La ferme attenante à la motte et ses terres resteront encore la propriété des d'Oultremont, derniers seigneurs de Lamine tandis que d’autres ordres religieux continueront à y exploiter aussi des terres, mais sans exercer aucun droits de la seigneurie.

Panneaux d'information au pied de la motteLa motte de Lamine est sûrement une des plus importantes et une des mieux conservée de Hesbaye. Elle se compose d'un tertre de 12 m de hauteur et de 185 m de circonférence. Le sommet où avait été édifié le donjon, forme un rectangle de 32 m sur 25 m. L'Yerne, affluent du Geer, alimentait les fossés  encore très bien conservés. Aux environs de la motte proprement dite plusieurs prairies prolongées actuellement d'une part par le site de l'église et d'autre part par l'ensemble architectural de la ferme de l'ancien régime, pourraient être des éléments d'une ancienne basse-cour sans doute contemporaine à la fondation de l'ensemble castral. Des fouilles nous apprendraient sûrement un peu plus sur l'origine du village de Lamine et notamment sur un édifice religieux antérieur, sur les infrastructures agricoles et pourquoi pas sur des édifices plus anciens, carolingiens, mérovingiens ou romains. Il s'agit là bien sûr de pures hypothèses mais l'ancienneté de la paroisse dans un des terroirs d'Europe parmi les plus anciens autorisent de nombreuses conjectures.