Menu
0
  • FR
  • NL
  • EN
  • DE
   

Cour d'une grosse ferme en pleine activité - abbaye de la Paix-Dieu début 20eUne journée en Hesbaye ne se passait pas de la même manière pour tout le monde. Elle différait suivant la position qu'on occupait dans la famille ou dans la société.

Les grandes fermes étaient les seules à pouvoir employer et payer un personnel domestique permanent et suffisamment nombreux pour lui assigner un rôle très précis, structuré par un horaire strict. Ailleurs, c'était souvent la famille qui s’organisait en calquant de manière très personnelle le modèle des censes du village. Les moyens n’étaient pas les mêmes partout. Beaucoup de petits fermiers « mettaient la main à la charrue ». Certains n'avaient pour tout attelage qu'une paire de bœufs, voire une seule vache.

Dans les exploitants cultivant un minimum de 50 hectares, il existait une hiérarchie du personnel et des tâches exercées dans des temps impartis. Le nombre des domestiques variait très fort suivant l'importance du cheptel et l'étendue du patrimoine foncier. On trouvait souvent une servante, plusieurs vachers et un « varlet » par équipage de trois chevaux.

L'horaire commun pour ceux qui vivaient à la ferme, s'établissait en général de la manière suivante :

  - 4h : lever et toilette.
  - 4h30 : arrivée du personnel logeant au village, soins des animaux, première traite.
  - 5h30 à 5h45 : premier déjeuner composé de tartines de maquée, de sirop et de saindoux.
  - 5h45 : instructions pour le travail de la journée.
  - 6h : départ des « varlets » et de leurs attelages, travail à la ferme pour les autres.
  - 9h : deuxième déjeuner : tartines et fricassée d'œufs et de lard.
  - 11h30 : retour des chevaux, repas principal (lard, saucisse, potée).
  - De 13h30 à 17h45 : travail à la ferme et aux champs.
  - 15h : goûter.
  - Vers 17h : seconde traite
  - De 17h45 à 18h30 : retour des champs et soins aux animaux.
  - 18h30 : souper des domestiques (pain, soupe au lait ou aux légumes).
  - 19h : début de la veillée : jeux de cartes, jeux de quilles, discussions ; couture et tricot pour les femmes.
  - 20h : coucher des enfants
  - 21h : coucher des adultes.

Pour le reste, chaque habitant de la ferme avait ses tâches spécifiques. La journée de la servante se déroulait à l'intérieur de la ferme. Ses travaux étaient nombreux et divers. Chaque jour, elle devait traire les vaches, soigner les veaux et la basse-cour, faire les lits, arracher les légumes, éplucher les pommes de terre, préparer les repas. En outre, chaque jour de la semaine lui réservait une tâche supplémentaire. Le lundi était le jour de la lessive : le mardi celui du repassage ; le mercredi, elle travaillait à la laiterie, écrémait barattait ; le jeudi était consacré aux travaux de raccommodage ; le vendredi, on faisait le pain et les tartes au fournil. La semaine se terminait par le grand nettoyage du samedi.

Les travaux lourds étaient le fait des hommes. Dans chaque ferme, on faisait la distinction entre le personnel qui restait à l'intérieur du quadrilatère et celui qui passait ses journées aux champs. Vachers, porchers et hommes de cour avaient des travaux peu enviables. Dès le matin, ils nettoyaient les étables, entretenaient la cour et le tas de fumier, aidaient la servante quand une de ses activités réclamaient de la force...

Les « varlets » jouissaient d'un tout autre prestige. S'ils étaient responsables de l'entretien de leurs chevaux. On les voyait rarement nettoyer l'écurie. Leur journée se passait presque toute l'année aux champs.Travail aux champs à Warnant

Travail aux champs à WarnantLe gros fermier et la fermière avaient adopté un mode de vie semblable à celui de la bourgeoisie. L'homme était surtout préoccupé par la direction et la surveillance des travaux. Une grande partie de son temps était rempli par les nombreux trajets qu'il effectuait à pied ou en carriole pour gagner les champs disséminés dans tout le terroir. De temps à autre, il préparait les céréales, menait un cheval chez le maréchal ferrant ou portait un outil défectueux chez un artisan au village. Quelques heures étaient également réservées à l'administration de la ferme, la réception des marchands, la fréquentation de ses pairs à leur domicile, à la foire régionale ou aux réunions d'agriculteurs.

Son épouse poursuivait une activité similaire. Elle dirigeait et surveillait le personnel occupé dans la ferme. Parfois, elle avait la responsabilité des comptes de l'exploitation et de la vente des produits. Pour être complet, il faudrait encore parler d’une grande partie de la population villageoise et de ces saisonniers, originaires d'autres régions, qui tiraient un moyen de subsistance des difficiles activités que leur proposait la grosse cense hesbignonne.
Beaucoup de femmes étaient employées à la journée pour aider la servante les jours de grosse lessive, à la laiterie ou quand il fallait cuire le pain une seconde fois, pendant les semaines où la ferme occupait un maximum de personnel.

Des activités saisonnières comme l'arrachage des betteraves, la récolte de la moisson et ses travaux corollaires, battage en grange et vannage, réclamaient un supplément de main d'œuvre important. Pour ces journaliers des grosses entreprises hesbignonnes, les journées ne se terminaient jamais à 18h.

C'est seulement à partir de ce moment que la plupart des hommes, femmes et enfants du village pouvaient se consacrer à la petite exploitation familiale, à la maison, au jardin et au maigre bétail qu'on gardait et entretenait pour subsister.